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Mehmet Gömüç (à gauche) et l'avocat Fikret Hakguden, hier à Brest. Le principal responsable de la société Onurhan Denizcilik qui exploitait le cargo Ocean Jasper ne comprend pas pourquoi le navire est toujours retenu à Brest. : Ouest-FranceHier, l'un des hommes-clés de l'affaire du Sokalique, Mehmet Gömüç, se trouvait à Brest. Cet homme d'affaires turc est à la tête d'Onurhan Denizcilik, la petite société turque qui exploitait l'Ocean Jasper, le cargo impliqué dans la collision avec le bateau de pêche de Roscoff.
Mehmet Gömüç refuse d'être présenté comme l'armateur de l'Ocean Jasper. « Je ne suis que l'affréteur. Je loue le bateau, je n'en suis pas propriétaire. » Néanmoins, il a son idée sur les circonstances qui ont mené au naufrage du Sokalique le 17 août 2007, entraînant la mort de son patron, Bernard Jobard.
Selon Mehmet Gömüç, la responsabilité du bateau de pêche est clairement engagée. Il se réfère aux conclusions de l'expert judiciaire commis par le tribunal de commerce de Brest. « Le matelot de quart n'avait pas de connaissances suffisantes en navigation de nuit. Il ne savait pas dans quel sens allait le cargo. Il n'a pas compris la signification des feux de position. »
Mehmet Gömüç ne dédouane pas le capitaine du cargo battant pavillon des îles Kiribati, qui a pris la fuite. « Il y a bien une faute et un coupable qui doit être jugé. »
Une cargaison de 2 millions de dollars
Sous le coup d'une saisie ordonnée par le tribunal de commerce de Brest, l'Ocean Jasper est toujours immobilisé dans le port militaire de Brest avec sa cargaison d'acier. Une situation que Mehmet Gömüç ne comprend pas. « J'ai un problème avec la marchandise. Je suis obligé de la livrer. »
La cargaison d'acier vaut près de 2 millions de dollars. Au mois de janvier, des représentants d'Onurhan Denizcilik ont proposé 500 000 dollars à Yvette Jobard, la veuve du patron du Sokalique, pour qu'elle accepte de « libérer » le cargo. Celle-ci a refusé. Pour Mehmet Gömüç, cette proposition était normale. « J'essaie d'arriver à une entente avec la partie adverse. »
Hier matin, Mehmet Gömüç et Yvette Jobard se sont croisés au tribunal de commerce de Brest. Celui-ci a renvoyé l'examen du dossier au 6 juin. À la sortie de l'audience, la veuve du patron du Sokalique a refusé de serrer la main à l'homme d'affaires turc.
Yvette Jobard, elle aussi, a reçu les conclusions de l'expert judiciaire. Elle n'en a pas la même lecture. « Sur le Sokalique, il y avait bien quelqu'un de veille à la passerelle. Il a bien vu les feux du cargo. Alors qu'eux n'ont rien vu du tout. »
« À bord de l'Ocean Jasper, il y avait une absence de veille permanente et d'utilisation des moyens disponibles, dont le radar, poursuit Mme Jobard. C'est pourquoi ils n'ont pu ni voir, ni détecter le Sokalique, ni effectuer une manoeuvre pour éviter la collision. »
Mme Jobard avoue ne pas comprendre l'attitude du responsable d'Onurhan Denizcilik. « C'est lui l'armateur, c'est lui qui payait les marins. Il ne se rend pas compte de la gravité de ce qui s'est passé. Il croit qu'à coups de dollars il peut tout régler. »
Olivier MÉLENNEC.