Agents de joueurs : la face cachée des transferts
Soir de match à la salle Michel-Gloaguen. Parmi les nombreux spectateurs se cache peut-être un agent de joueur, venu rendre visite à l'un de ses protégés. : D aniel Sainthorant
Pro B. Pour recruter de nouveaux joueurs, les dirigeants de clubs ont souvent affaire à des intermédiaires : les agents. Qui sont-ils ?
DANS LES COULISSES DES TRANSFERTS. Le marché des joueurs dans le milieu du basket professionnel ne se résume pas à une simple rencontre entre une demande de travail, émise par un club, et une offre de force de travail, émise par un joueur. Entre les deux s'intercale un troisième acteur, mystérieux mais omniprésent : l'agent de joueur. Ainsi, lors du recrutement, le premier interlocuteur d'un coach n'est pas le joueur mais son agent. Cela a par exemple été le cas pour l'arrivée d'Antoine Liorel à l'Ujap Quimper, comme le précise Laurent Cabut, l'agent du jeune meneur : « J'ai pris connaissance auprès du coach Jacky Périgois des profils recherchés pour la construction de son équipe, et je lui ai adressé une liste des joueurs que je représente susceptibles de répondre à ses attentes. Pour le poste de meneur, il a visiblement eu des informations croisées très favorables à Antoine, si bien qu'il m'a rappelé pour en savoir plus. » S'en est suivi un entretien entre le staff et le joueur, qui a abouti à un accord sportif. « Après quoi il y a eu une deuxième partie de négociation, financière et contractuelle cette fois-ci, » conclut Laurent Cabut.
Ce mode de fonctionnement vaut aussi pour les entraîneurs : ainsi, Jacky Périgois s'est entouré d'un agent au moment de quitter Cholet. Une décision presque naturelle. « Il y a très peu de basketteurs qui n'ont pas recours à leurs services. Le système est comme cela, il faut faire avec », estime l'entraîneur quimpérois.
UN VRAI MÉTIER. Le travail de l'agent ne s'arrête pas à la période des transferts. Au cours de l'année, il entretient des relations régulières avec ses joueurs, leur rendant parfois visite et s'acquittant du suivi fiscal et juridique de leurs dossiers. Certains développent également des partenariats avec des sociétés étrangères pour représenter leurs clients en France, pendant que d'autres partent démarcher des joueurs, se lançant ainsi dans un jeu délicat de séduction et de persuasion. Comme le reconnaît Laurent Cabut, non sans sous-entendus, « chacun a ses méthodes de travail. »
C'est peu dire que la situation juridique des agents sportifs dans l'Hexagone n'est pas encore très claire. Certes, il existe depuis 2002 un diplôme délivré par la Fédération française de basket-ball, indispensable pour disposer de la licence d'agent sportif, mais il ne s'agit là que d'un début. Des textes législatifs et réglementaires sont toujours attendus pour mieux définir les modalités d'exercice de cette activité. En ce qui concerne la rémunération des agents, ces derniers perçoivent en général un pourcentage du salaire de leur client, négocié avec le club mais qui n'est jamais supérieur à 10 %.
UNE INTERFÉRENCE SUR LE MARCHE DES TRANSFERTS. Sur ce marché obscur, difficile de passer à côté de certains biais. Ainsi, des clubs choisissent de ne travailler qu'avec un nombre limité d'agents, car ils entretiennent avec eux des relations privilégiées. Inversement, certains agents peuvent décider de ne pas soumettre leurs listes à des clubs qu'ils ne portent pas dans leur coeur. D'autres acteurs se sont eux fait une spécialité de créer une demande artificiell e pour faire monter les enchères au sujet d'un joueur. Jacky Périgois a conscience de ces biais : « Cela joue parfois en notre faveur et parfois en notre défaveur, comme cela a d'ailleurs récemment été le cas avec un joueur que nous convoitions. Maintenant, c'est peut-être à nous d'outrepasser l'agent et d'aller directement vers le joueur, car c'est quand même bien de sa carrière qu'il s'agit. » Ces entraves à la fluidité du marché invitent en tout cas à reconsidérer l'approche uniquement sportive et financière qui vaut parfois au moment d'analyser la logique de certains transferts. Les amateurs de concurrence pure et parfaite repasseront.
Yann THOMPSON.
Ouest-France