Allogreffes : le professeur Berthou en colère
Au CHU de Brest, le professeur Christian Berthou, chef du service d'hématologie, demande une collaboration en réseau avec Rennes.
Christian Berthou est « le » spécialiste brestois des greffes de moelle osseuse. Il explique les raisons pour lesquelles il s'oppose au transfert des allogreffes pédiatriques à Rennes.
Vous ferez finalement partie de la délégation finistérienne reçue par Roselyne Bachelot, le 6 mai ? Quel est votre sentiment ?
Enfin, nous allons être entendus en haut lieu ! Mais je trouve dommage qu'il faille passer par la grève de la faim de deux hommes durant dix-sept jours pour en arriver là et obtenir un rendez-vous. En tant que médecin spécialiste des allogreffes brestoises, j'expliquerai notre activité et exposerai les chiffres. Je demande aussi qu'André Civray, président de Céline et Stéphane, fasse partie de la délégation.
Dans sa décision de transférer cette activité à Rennes, Antoine Perrin, directeur de l'Agence régionale d'hospitalisation, relève que le CHU brestois n'a réalisé qu'une greffe de moelle osseuse d'enfant l'an passé.
Et alors ? On n'est pas là pour faire du chiffre ! Et puis, notre zone de recrutement est forcément limitée par la façade maritime. Cet enfant a passé quatre mois en secteur stérile. Sa mère est veuve et mère de quatre enfants. Elle a apprécié que sa fille soit soignée à Brest. Pour protester contre le transfert, elle a d'ailleurs fait grève de la faim durant une journée, aux côtés de Jean-Paul Hellequin et Thierry Mérour.
Néanmoins, un médecin allogreffeur a besoin de pratiquer un certain nombre d'actes pour être performant.
Tout à fait. D'ailleurs, nous en réalisons une vingtaine par an. Mais c'est au sein d'une unité mixte, accueillant adultes et enfants. Or, l'ARH invoque un minimum de 10 allogreffes annuelles en se fondant sur les résultats d'une étude européenne de 2007 effectuée dans des unités d'allogreffes spécifiquement pédiatriques. Mais une autre étude, américaine, fait aussi référence. Réalisée il y a trois ans sur des adultes et des enfants, elle conclut à un effet bénéfique quand le médecin pratique plus de 20 allogreffes annuelles. Ce qui est le cas du CHU brestois ! En France, 40 % des allogreffes ont lieu dans des unités mixtes.
Ne vaut-il pas mieux que les enfants soient soignés dans des unités spécifiquement pédiatriques ?
Qu'importe l'environnement pour des enfants qui passent plusieurs semaines dans des chambres stériles, isolés du monde ! Et je suis moi-même pédiatre. Mais la présence des parents et de la famille est essentielle. Ils aident l'enfant à mieux accepter la maladie et les traitements. Il souffre moins quand il est soutenu. Ce que je vois dans mon service, ce sont des familles qui viennent tous les jours, longuement, voir leur jeune malade. Comment feront-elles avec un enfant à 250 km de chez elles ? Et comment se comportera l'enfant ?
Est-ce que la technique change s'il s'agit d'enfants ?
Il est plus facile d'opérer des enfants que des adultes. La technique ne change pas. Pour faire une greffe, il faut d'abord prélever des cellules mères de moelle osseuse auprès d'un donneur. Ensuite, ces cellules sont transfusées dans le sang du receveur, à partir d'un cathéter. La technique est simple. Ce qui est délicat, c'est qu'avant de greffer, il faut détruire les résistances immunitaires de la personne. Ensuite, attendre durant une vingtaine de jours que les cellules entrent en action. Enfin, il faut que la moelle du receveur ne rejette pas celle du donneur. Il est impossible de prédire quand le malade sortira de sa chambre stérile... Chaque greffe coûte 70 000 €.
Il faut une continuité des soins et ne pas rater un épisode. L'ARH nous dit qu'on est compétent en amont et en aval, et pas au milieu. C'est absurde ! La sécurité et la proximité peuvent aller ensemble. C'est le cas à Brest !
Que demandez-vous ?
Que les structures existantes soient respectées. Le CHU de Brest propose une association avec Rennes, une addition des compétences plutôt qu'une soustraction. Les allogreffes et la neurochirurgie pédiatriques seraient maintenues à Brest, au profit d'un travail en réseau.
Recueilli par
Laurence GUILMO.
Ouest-France