Collier d'hermine : deux Cornouaillais distingués
Gweltaz ar Fur, Viviane Hélias et Hélène Cario devant la librairie Ar Bed Keltiek :
Viviane Hélias et Gweltaz ar Fur vont recevoir en septembre, à Rennes, « le collier d'hermine » pour leur action en faveur de la culture bretonne
Viviane Hélias et Hélène Cario signaient, hier après midi, un livre sur la « broderie en Bretagne » à la librairie Ar Bed Keltiek, chez Gweltaz ar Fur, rue du roi Gradlon. Un livre déjà vendu à 3 000 exemplaires et qui a dû être réédité en février dernier. Mais cette vente dédicace avait cette fois un caractère particulier. Elle réunissait dans le même lieu, deux des quatre futurs récipiendaires du « collier d'hermine ». Une distinction qui sera en effet remise le 27 septembre à Viviane Hélios et Gweltaz ar Fur, au parlement de Bretagne pour leur implication dans la défense de la culture bretonne. Chaque année l'institut culturel de Bretagne distingue ainsi deux hommes et deux femmes pour leurs actions en faveur de la culture de leur région. Avec Gweltaz ar Fur, propriétaire de la librairie Ar Bed Keltiek et Viviane Hélias, brodeuse depuis 51 ans, c'est le triomphe de l'acharnement et de la passion, au service de la culture bretonne.
14 ans de chansons, plus d'un million de disques
Comme d'autres chanteurs au talent aujourd'hui confirmé, Gweltaz ar Fur aurait pu mener une vie sur scène. Trois 45 tours vers les années 19 970. Trois trente trois tours un peu plus tard, dont « les chants celtiques » qui se vendent à près d'un million d'exemplaires dans le monde entier « dont 400 en Algérie » souligne Gweltaz, puis un 33 tours enregistrés à Montréal. « Et puis je me suis marié et avec un enfant il fallait faire un choix. J'ai arrêté le nomadisme de ma vie d'artiste pour acheter le magasin Ty Jaouen, rue du Parc qui est devenu librairie (avec disques) celtique. J'en ai acheté un autre à Brest en 1984. J'ai choisi le livre, ça a été la rupture de ma vie »
Entre-temps, Gweltaz ar Fur avait quand même trouvé le temps de co-fonder l'école Diwan. Il en devient d'ailleurs le premier président. « Une école maternelle à Lampaul-Ploudalmézeau une autre au Lendu, dans un gîte près de Quimper et 10 enfants dans chaque école où l'on parle breton. « On connaît la suite : Aujourd'hui Diwan compte près de 3 000 élèves en Bretagne, en maternelle, primaire et secondaire avec de très bons résultats. On pourrait croire que Gweltaz ar Fur aspire à un peu de repos. « Je voudrais bien me relancer un peu dans la création artistique, si j'ai le temps », explique-t-il.
Viviane aux doigts de fée
Viviane Hélias s'est consacrée à la broderie toute sa vie. Un peu une historie de famille car son père était tailleur. « Oui, mais il était de l'Aven et il s'est installé à Loctudy. J'ai donc dû apprendre la broderie bigoudène. « Ce qu'elle fait au manoir de Kerazan durant trois ans, où elle obtient un diplôme de l'Institut de France, propriétaire des lieux. Dans la foulée elle adhère au cercle celtique de Pont-l'Abbé et se met à la danse bretonne.. « A ce moment l'école de Kerazan avait fermé et j'ai senti que la broderie était en danger. C'est pour ça que j'ai créé des stages de broderie à la confédération War'l leur » En 1984 elle publie son premier livre sur « la broderie en Basse Bretagne »
Dès lors sa défense de la broderie bretonne ne connaîtra plus de limite : on la trouve en 1987 au Québec, à Peribonka, la ville de Louis Hémon, auteur de Maria Chapdelaine. « J'y suis allée avec trois caisses de 160 kg de broderies. Il m'a fallu un an pour préparer l'exposition. » Une dizaine d'années plus tard, ce sera l'ambassade de France à Washington. Elle passe aussi en Louisianne. Plus près de nous, elle est dans les écoles dès que son emploi du temps le permet. Danseuse au cercle de Pont-l'Abbé elle participe également aux régies de différentes fêtes : les Brodeuses à Pont-l'Abbé, le festival de Cornouaille, les Filets Bleus à Concarneau, le festival interceltique à Lorient. Une maladie suivie d'une grave opération la prive un moment de la parole et de ses doigts. « J'ai dû tout réapprendre, avec des motifs de broderie de maternelle au départ. Comme je n'ai pas retrouvé toute la souplesse de mes doigts, je me suis « fabriqué » une technique toute personnelle. « Et Viviane continue à broder. « Avec Hélène Cario, on va faire un autre livre sur la broderie. Mais cette fois ce sera la broderie « Richelieu », plus ajourée, comme de la dentelle » Viviane qui en est, cette année, à son 46e festival (autrefois « fêtes ») de Cornouaille est connue de tous les cercles et bagads « Sans brodeurs, plus de costumes et sans costumes, plus de fêtes » avertit-elle.
Ouest-France