Le jour se lève à peine sur Brest qui porte haut le jaune « Tour de France » en cette veille de départ. Non loin de la ville de départ de la Grande boucle, une silhouette se dessine dans le petit matin humide. 6 h. Guillaume de Carvalho s'élance pour son Tour.
« Je vais faire le même circuit que les professionnels, avec une journée d'avance. » Cap sur Plumelec, à environ 200 km de là, et sur un « vélo de voyage » qui pèse près de trente kilos, sacoches comprises, contre moins de dix kilos pour ceux des pros.
Originaire de la presqu'île de Crozon - de l'autre côté de la rade de Brest - Guillaume a longuement mûri son double projet : le Tour de France pour commencer avant la traversée de l'Amérique, dans quelque temps.
« J'ai eu l'envie de me lancer en lisant l'histoire d'un Suisse qui a parcouru 122 000 km en sept ans, avec 10 000 dollars en poche. » Le temps a passé, et Guillaume a gardé cette envie de
« voyager écolo et économique ».
« Avec la montée en flèche du prix du carburant, j'espère être un précurseur ! », s'esclaffe-t-il. Mais l'écologie n'est pas son seul moteur. Il y a quelques mois, l'une de ses proches a disparu tragiquement. Un drame qui a amené Guillaume à réfléchir à la tournure que peut prendre la vie : plus de temps à perdre, il faut en profiter ! À fond,
« parce qu'il faut réaliser ses rêves ».
Le Tour 2008, avec un départ de Brest, c'était pour lui l'occasion de donner une réalité à ce rêve.
« Quand j'ai vu le tracé, j'ai pris ça pour un gros clin d'oeil du destin. Si près, c'était immanquable ! » De la mer à la montagne, il y a encore quelques milliers de coups de pédales à donner. C'est là-bas, dans les Alpes, qu'il retrouvera ses amis.
« Je vis et travaille en montagne, près de Chambéry. Je suis pisteur-secouriste, l'hiver. L'été, je fais des chantiers en hauteur, en milieu urbain. »
Pour préparer ce Tour, il a pris deux mois de congés sans solde. Et ajouté 2 800 km d'entraînement à son compteur. Comparé à ce qui l'attend, le compte n'y est pas, il en est pleinement conscient.
« Je suis capable de rouler sur une distance d'une étape et demie du Tour d'affilée. Le problème va être de savoir gérer l'effort sur la durée. » D'où l'intérêt de partir avec une journée d'avance.
« Je vais avancer à une moyenne de 20 km/h, moitié moins vite que les pros. Le tout, c'est d'aller à mon rythme. Je compte bien arriver à Paris. Je me donne jusqu'au 3 août. »
Guillaume part seul, avec pour unique logistique le peu de matériel de réparation qu'il aura pu emmener dans ses sacoches. Autant dire que ce n'est pas grand-chose. Pas de journée de repos à son programme.
« Durant ces journées, soit je roulerai pour prendre de l'avance sur l'étape suivante, soit je rattraperai le retard accumulé. » Il fera les quatre contre-la-montre comme des étapes normales. Quant aux « transferts », durant lesquels les pros prennent la voiture, le train ou l'avion, il se débrouillera pour se faire transporter ou les accomplira à la force des mollets.
Jeté dans le grand bain, hier, il a fêté son départ sous la pluie.
« Avec, en plus, le vent de face et davantage de dénivelés que je l'aurais pensé... Ça met en jambe ! » Vers midi, hier, après six heures de route, ni le mauvais temps ni la fatigue n'avaient altéré sa bonne humeur.
Et pour cause : Guillaume ne roule pas que pour lui, mais pour l'association qu'il a créée avec son amie, « Des défis contre le handicap ».
« Le principe, c'est d'associer un défi sportif à cette cause. J'ai toujours eu conscience de la chance que j'ai d'être en bonne santé. » Le principe est simple : les personnes qui veulent soutenir son projet achètent des kilomètres. Comme pour son Tour, il n'affiche aucune ambition particulière, mais souhaite apporter sa pierre à l'édifice.
« On fera en fonction de l'argent obtenu dans la cagnotte. Si c'est une rampe d'accès pour handicapés, ce sera déjà ça. »
Renée-Laure EUZEN.
Photos : Vincent MOUCHEL.
Renseignements sur le défi et l'association Guillaume sur son blog : http://www.pleinsud.top-depart.com