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Étrange situation, hier matin. À la barre, Paul (1) déroule le récit implacable et glaçant des premières agressions commises sur lui quand il était un petit garçon de 7-8 ans. À moins d'un mètre, G., son agresseur, l'écoute sans ciller, assis sur sa chaise. Comparaissant libre, il n'est pas dans le box, mais installé devant ses avocats.
Jamais la voix de Paul ne tremble. Pour lui, les faits, commis entre 1983 et 1989, sont trop vieux, donc prescrits. Il ne peut pas prétendre au statut de victime devant la justice. Mais au moins, cet homme d'aujourd'hui 31 ans, impressionnant de détermination, peut témoigner de ce qu'il a subi, avant que G. ne s'en prenne ensuite à ses deux plus jeunes frères, Sébastien et David.
« Le culot »
« À l'occasion d'apéritifs chez nous, il venait me voir dans ma chambre. Il s'éclipsait de l'assemblée 5 ou 10 minutes, en prétextant aller aux toilettes, et il faisait ça. Vous voyez le culot de ce personnage. » Au fil du temps, G. multiplie les situations scrabreuses. « Une fois, en voiture, en plein bourg de Plougastel, il a sorti son sexe. J'étais tétanisé qu'on nous voie. Ça faisait partie de son plaisir. »
L'accusé, qui ne nie pas ces faits, rejette cette explication. Il évoque encore ses « pulsions ». Pourtant un expert estime que, pour G., « le risque-jouissance de se faire surprendre était plus important que la jouissance ».
Quand il s'en prend aux enfants, c'est toujours à deux pas des parents. Ainsi, chez d'autres amis, il se glisse dans la chambre de Thomas pour lui faire une fellation. Le père de l'enfant l'a vu « affalé » sur son fils. « Mon mari a eu un doute », dit la mère de Thomas. Cela n'est pas allé plus loin. Car l'enfant, interrogé par son père, n'a pas parlé. « J'ai tout nié par peur que mon père se venge sur G. » Et voilà comment G. a été conforté dans son impunité.
Et pourtant, « dans le quartier », nombre de personnes savaient qu'il avait l'habitude aussi de s'exhiber à la porte de son garage. Il se masturbait au vu de tous. Les enfants lui avaient même donné un surnom sans équivoque. Mais aucun adulte n'a osé lui demander des comptes ou alerter les gendarmes.
« Comme dans un ghetto »
Voilà aussi pourquoi les victimes ont toutes eu, hier, la même expression : « Je pensais être le seul. »
Que ressent un enfant face à un abuseur sexuel ? « Je sentais bien que ce n'était pas normal. Mais, c'était quelqu'un que je connaissais bien. Il n'était pas méchant, un gars sympa », explique Paul. Pourquoi, en effet, se méfier de l'ami de ses parents ? « C'était une emprise mentale, poursuit l'aîné. C'est comme être dans un ghetto : ça ne fait pas mal, mais vous ne pouvez pas en sortir. »
Pourtant, sur le plan social et professionnel, lui s'en est sorti. Mais quelles ont été les conséquences sur sa personnalité ? « Je suis un garçon très, très méfiant. Une méfiance absolue. J'ai une petite fille de 20 mois et je me demande à qui je pourrais faire confiance plus tard pour la garder ! »
Sébastien et David, eux, ont désormais 24 et 20 ans. Mais ils ont eu un parcours très chaotique. Entre alcool et drogue. Et même petite délinquance pour le plus jeune. C'est ce dernier qui, au sortir d'une hospitalisation en psychiatrie, a fini par dire à Sébastien, qui l'interrogeait sur ses problèmes persistants, que « Jo », le surnom que les frères donnaient à G., était bien à l'origine de son mal-être.
Mais l'accusé a rejeté, avec constance, les actes de sodomies sur Sébastien et même tout acte à l'encontre de David. Parole contre parole. « Pourquoi mentiraient-ils », a demandé plusieurs fois le président. « Je ne sais. Je n'ai pas d'explication. »
Fin du procès demain avec le réquisitoire et les plaidoiries.
(1) Tous les prénoms ont été modifiés.
Yannick GUÉRIN.