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Michel Riou et Denis Paugame travaillaient à la Société générale d'entreprises depuis 1961 et 1956. En mai 68, ils lancent les ouvriers CGT dans une grève qui durera cinq semaines. Mai-68, Denis Paugame et Michel Riou l'ont vécu dans l'une des rares entreprises privées de Quimper massivement en grève à l'époque, la Société générale d'entreprises, devenue depuis Cégélec.
« À l'époque, l'entreprise était à Kermoguer, où se trouve actuellement l'école Diwan, se rappellent-ils. Nous avions lancé un syndicat CGT en 1963, nous étions tous les deux délégués du personnel. Le lendemain de la création du syndicat, nous avions lancé une grève de huit jours, notamment pour avoir un comité d'établissement. On n'avait pas obtenu grand-chose à part des indemnités de repas. »
« Quand mai 68 est arrivé, on s'est dit que c'était le moment d'obtenir quelque chose. On s'est mis en grève parmi les premiers, avant le 1er mai. Il y avait 70 % de participation parmi la cinquantaine d'ouvriers. Au début, on ne bloquait pas et puis on est passé au blocage au bout d'une semaine. La grève était reconduite tous les jours à l'unanimité en assemblée générale. »
« Les chantiers n'étaient plus approvisionnés »
Installée à Quimper en 1961 dans la perspective du changement de tension de 110 à 220 volts, la Société générale d'entreprises installait tout type de réseaux souterrains (eau, gaz, électricité). « Quand la grève est arrivée en 68, je travaillais sur un chantier à Trévarez, se souvient Denis Paugame. On suivait le maçon pour placer les tubes, l'encadrement a dû aller poser les fourreaux. De toute façon, après le 10 mai, la plupart des chantiers n'étaient plus approvisionnés... »
En grève, les ouvriers n'obtiennent pas de négociations : « A notre première réunion avec le directeur, il nous a dit texto : « Vous êtes marqués à l'encre rouge, à la première occasion on vous virera. » En fait, Denis Paugame et Michel Riou n'ont jamais été virés. Ils ont même fait toute leur carrière dans la boîte : « On avait tous les gars avec nous. »
La grève durera cinq semaines : « On a repris trois jours après les accords de Grenelle. Même si la CGT ne les avait pas signés, ça devenait très dur financièrement. On n'avait pas beaucoup de soutiens extérieurs. On devait avoir du poisson du Guilvinec mais finalement on n'en a jamais vu la couleur. » Michel Riou se souvient d'être allé aux halles faire l'aumône pour les grévistes lors d'un meeting des fonctionnaires.
Eux qui avaient la trentaine à l'époque se souviennent de Mai-68 comme d'un tournant dans leur vie : « Ça nous a marqués, raconte Denis Paugame. Ma femme attendait un 3e enfant, on était en HLM à Penvillers. Avec le conflit, j'étais pas souvent à l'heure pour manger. Comme il n'y avait plus d'école, ma femme a fini par aller chez sa mère à la pointe de Trévignon. »
Car les grévistes restent à l'entreprise tout le temps : « On allait jouer au foot sur le terrain du Likes. D'autres bouquinaient. On passait tous les jours à l'Union locale CGT qui était dans l'ancien gymnase rue Jean-Jaurès. C'était une véritable ruche. On s'informait sur le mouvement. »
« La trouille des gauchistes »
À Quimper, le mouvement touchait surtout la Fonction publique. Peu de contacts avec les étudiants : « On avait la trouille des gauchistes à la CGT, du moins les anciens syndicalistes. Je me souviens de Hamon, du Syndicat national des instituteurs, disant des gauchistes : « On va leur montrer de quoi on est capable ! »
Après les accords de Grenelle, la négociation a été rouverte à la Société générale d'entreprises : les délégués ont obtenu une revalorisation salariale : « Pour les jours de grève, on a perdu 50 % du salaire échelonné sur l'année. » Dans la foulée, Denis Paugame a adhéré au PCF, qu'il a quitté depuis, « pour changer le monde ».