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Terrible confrontation, hier matin, à la reprise des débats. La dernière personne entendue est Paulette (1), l'épouse de l'accusé. Donc la grand-mère d'Élodie, sa petite-fille qui, en décembre 2006, a dénoncé les viols subis entre ses 7 et 10 ans (Ouest-France d'hier).
Le président Buckel demande à cette toute petite dame, raide derrière la barre, mains enfoncées dans les poches de son manteau, ce qu'elle a à dire. « Rien... » « Vous n'avez rien à dire ? » Long silence. « Ben..., j'y crois pas ! » « Vous avez cru vos filles ? » « Oui ! » « Et votre petite-fille ? » « Non ! » « Pourquoi ne la croyez-vous pas ? » « Je ne sais pas... »
Stupeur d'Élodie. Son père, qui l'a toujours soutenue, enrage. En 82-83, lors de son divorce d'avec Martine, la cadette des trois filles de l'accusé, il avait appris qu'elle avait été régulièrement violée durant son enfance. Courageux, il avait convoqué une réunion de famille. Martine n'était pas la seule. Les deux autres soeurs, Jacqueline, l'aînée, et Geneviève, la dernière, avaient été également violées.
Questionnée par son épouse, C. avait nié les viols et menacé son ex-gendre avec un fusil. Jacqueline et Martine s'étaient de nouveau renfermées dans ce secret honteux. Geneviève avait voulu porter plainte. Ses soeurs l'en avaient dissuadée.
Mur de silence
Mme C. n'a plus eu de vie intime avec son mari. Mais elle est restée avec lui. Plus de vingt ans après ce conseil de famille, quand sa petite-fille a révélé, à son tour, que son grand-père l'avait violée, Paulette a choisi son camp. Celui de son mari. Elle va le voir en prison chaque semaine, depuis sa mise détention provisoire en décembre 2006.
Pourtant, au juge d'instruction, elle avait déclaré : « Je suis obligée de croire les déclarations [d'Élodie]. Ça m'étonnerait qu'elle mente, la gosse. » Pourquoi a-t-elle changé d'avis ? Aux questions répétées du président, elle a opposé un mur de silence. « Aimez-vous toujours votre mari », lui demande à son tour Me Kerbérennes. « Oui, j'aime mon mari ! » Sans ciller, elle rejoint les bancs du public. Elle hésite, puis s'assoit près de ses filles aînées en pleurs. De l'autre côté, c'est la consternation.
Élodie revient à la barre : « Je tombe des nues. Elle me croit même pas ! » Elle craque, essuie des larmes. Son grand-père, quasi-muet pendant deux jours, prend alors le micro. « Je m'excuse... Je vois que j'ai brisé toute ma famille..., mes filles..., mais pas mes petites-filles ! » « T'es dégueulasse ! », s'écrie Élodie, en larmes. Un « menteur » fuse des bancs.
Avant le délibéré, l'accusé s'est contenté d'une déclaration lapidaire : « Tout a été dit de part et d'autre. Je n'ai plus rien à dire. » Et aucune réaction à l'énoncé du verdict.
Élodie a pleuré de soulagement dans les bras de sa tante Geneviève.
Yannick GUÉRIN.
(1) Tous les prénoms ont été modifiés pour préserver l'anonymat des victimes, passées et présentes, même si Élodie avait choisi que les débats soient publics.