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Plaider la relaxe sur des faits qui n'auraient pas existé, alors même que l'accusé en a reconnu d'autres aussi graves, l'exercice était délicat pour les défenseurs de Georges Gardère. Depuis mars 2004, date de sa garde à vue, puis tout au long de l'instruction, l'accusé avait reconnu avoir contraint Paul (1), l'aîné des trois enfants de ses amis, à lui faire des fellations, qui sont, juridiquement, des viols. Aveux sans conséquence, ces crimes, commis entre 1983 et 1989, étant prescrits.
En revanche, il avait avoué les mêmes actes sur Sébastien, le cadet, ce qui suffisait juridiquement à la déclaration de culpabilité. Tout comme les agressions sexuelles aggravées commises sur Thomas, enfant d'une autre famille.
Mais, Georges Gardère a toujours nié catégoriquement trois actes de sodomie sur Sébastien. De même, il a soutenu n'avoir jamais commis le moindre geste sur David, le plus jeune des frères. Ce dernier l'accusait d'avoir été contraint à des fellations.
« Pas un prédateur »
« Pourquoi les déclarations de Georges Gardère ne devraient-elles pas être prises en compte, alors qu'on devrait le faire pour les parties civiles », s'est interrogé Me Nicolas Lhommeau. L'avocat a donc plaidé« l'acquittement des viols » dénoncés par David, et l'acquittement pour les sodomies, « même si, juridiquement, cela ne fait pas de différence » avec les viols par fellations.
Me Karine Lechaux a rappelé « le contexte incestueux » dans lequel cet homme a été élevé : son père a agressé ses deux soeurs et deux de ses frères ont violé l'une d'elles. « On ne peut le réduire à ses actes. C'est aussi un mari et un père, soutenu par son épouse et ses enfants. »
« Pas une excuse »
L'avocate s'est efforcée de convaincre la cour et les jurés que Georges Gardère n'était « pas un prédateur », ni un pervers. Elle s'est largement appuyée sur le rapport du Dr Cozic. L'expert psychiatre avait expliqué, lundi, que Georges Gardère a « un comportement de pervers, mais pas une structure de personnalité perverse », en raison d'un sentiment de « culpabilité authentique ».
Quand bien même l'accusé aurait eu une enfance très difficile, « il doit répondre de ses choix », avait objecté par avance l'avocat général. Pour Mme Kerisit, Georges Gardère est bien « un pervers, un pédophile ». Celui qui disait aux enfants qu'il s'apprêtait à violer : « Viens, voyou ! Je vais te faire du bien... »
En raison de « la durée pendant lesquels il a commis ses crimes », en raison « du nombre de victimes », l'avocat général a requis dix ans de réclusion criminelle contre un accusé qui « tout au long du procès, n'a pas eu un mot, pas une excuse » envers ses quatre victimes.
Car, il y a bien quatre victimes : « L'écoulement du temps ne signifie pas l'effacement des faits », a rappelé Mme Kerisit, en référence aux viols prescrits commis sur Paul. Quant aux accusations de viols sur Sébastien et David, niés par l'accusé, elle a demandé à la cour et aux jurés : « Je vous conjure de les croire ! »
La dignité des victimes
Il importait, en effet, aux victimes que la justice remette les choses l'endroit. L'accusé, tout en disant assumer ses actes, n'avait-il pas insinué que Paul était consentant, suggéré un complot familial derrière la décision des frères de révéler les faits, laissé entendre qu'ils pouvaient avoir des motivations financières ?
« La victime, ce n'est pas lui », a rappelé Me André Élard, le premier à prendre la parole hier matin. L'avocat des jeunes gens, « fier d'être leur voix », a évoqué « l'épreuve judiciaire » qu'ils ont dû surmonter tout au long de la procédure et du procès. Mais ils l'ont fait « avec dignité ».
Me Élard a décrit « la réalité du dossier », celle de l'ignomie subie : « Imagine-t-on la violence imposée à ces jeunes esprits ? Imagine-t-on le regard d'un enfant pratiquant une fellation... ? »
Regard planté dans celui de l'accusé, l'avocat lui a lancé : « Entre viol et vol, il n'y a qu'une lettre. M. Gardère, vous avez volé l'innocence sacrée de leur enfance ; vous avez volé l'expérience initiatique de leur adolescence ; vous avez volé l'insouciance de leur jeunesse et hypothéqué leur conscience d'adulte. »
À l'énoncé du verdict, Georges Gardère, qui comparaissait libre, n'a rien manifesté. Il a suivi les policiers qui allaient le conduire en prison. Il a laissé derrière lui des pleurs. Ceux, accablés, de sa famille. Ceux, bouleversés, de quatre jeunes gens enfin libérés d'un si lourd fardeau.
Yannick GUÉRIN.