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Etienne Daho
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Au milieu des serres, travailleurs et encadrants vivent ensemble. Le site est superbe. Un vieux corps de ferme réhabilité, au milieu de la verdure. Des serres où fleurissent mille et une espèces. La ferme de Kerneven n'est pas une ferme comme les autres. C'est un établissement et service d'aide par le travail (Esat) qui accueille des traumatisés crâniens et des cérébraux lésés. Ils sont 35 à Plomelin à réapprendre la vie au milieu des fleurs.
Dans les travées des serres, on rencontre Xavier, 58 ans. Cela fait neuf ans qu'il travaille là. Il y a 17 ans, ce patron de restaurant a fait une chute dans sa cuisine. Fracture du crâne. Trois mois de coma. Au réveil, il a fallu tout réapprendre. « J'ai appelé cette période la course de lenteur. C'est comme si je sortais de la maternelle. Je ne savais plus lire, ni écrire, ni parler... »
Pour lui, Kerneven, c'est un peu l'endroit qui l'a sauvé. « Il y a un gouffre entre le jour de mon arrivée et aujourd'hui. Ici, j'ai réussi à admettre ce qui n'est évident pour personne et j'ai un regard plus positif sur moi. J'adore mon travail. Cette profession est devenue une passion et je sais qu'à la retraite, ce sera mon passe-temps favori », confie t-il, l'oeil rieur.
Véritable petite entreprise
Les témoignages se ressemblent tous en ce point. Après un traumatisme crânien, une lésion au cerveau, il faut tout reconstruire. « Ici, on leur redonne un rythme. Chaque matin, tout le monde est prêt, habillé pour aller au travail. Je trouve ça extra ! Eux qui ont été bousillés par la vie après un accident de voiture, une rupture d'anévrisme, un accident vasculaire cérébral ou une tumeur au cerveau », glisse Bernard Gaben, directeur de l'établissement.
Et c'est dans les 1 000 m2 de serres de l'établissement que tout ce beau monde reprend pied. Production, vente au public, travaux de jardinage et d'espaces verts à l'extérieur, l'Esat est une véritable petite entreprise. « Et le contact direct des travailleurs avec les clients est très valorisant pour eux », poursuit Bernard Gaben.
À 47 ans, Catherine est là depuis six mois. Il y a quatre ans, cette professeure de danse contemporaine a eu un accident de voiture qui lui a laissé des séquelles. Devant ses plantes, elle n'envisage que le travail bien fait. « Parce que c'est très important d'être considérée comme un être humain, capable de travailler correctement », explique t-elle.
Encadrés par des éducateurs, animateurs et aide médico-psychologique, tous ont le goût du travail bien fait et font chaque jour un nouveau pas vers l'autonomie. À Kerneven, ils réapprennent les gestes de la vie, reprennent confiance en eux et nourrissent des projets d'avenir. Au milieu des plantes, hommes et femmes se reconstruisent.
Delphine LE NORMAND.
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