La lance se gonfle, l'eau jaillit. Le chef d'intervention vient de désigner l'endroit où attaquer le feu. Un feu virtuel : ce soir-là, ces six pompiers carhaisiens s'entraînent. Chaque semaine, l'équipe de garde réalise une manoeuvre. Elle s'exerce à la lutte anti-incendie, au tronçonnage d'arbres, au secours routier...
Les secours aux personnes - accidents de travail ou de circulation, blessures en sport, problèmes d'ordre psychologique, intoxications, maladies à domicile... - représentent la majeure partie des interventions d'urgence. En 2007, les incendies n'ont représenté que 10 % des 897 « sorties » des pompiers carhaisiens.
« Pas de routine »
Le major Bernard Glin a 50 ans... dont trente-deux de pompier. « Auparavant, on faisait beaucoup moins d'interventions », se souvient-il. Un arbre sur la route ? « Les gens appelaient l'agriculteur du coin. » Une inondation ? « Ils se débrouillaient plus souvent sans nous. »
« S'il y a un appel, on y va, précise-t-il. On voit ensuite si l'intervention est nécessaire ou pas. On préfère être appelés trop tôt que trop tard ! » Quand le téléphone sonne, plus rien ne compte, l'intervention prime. « Pas de routine ». Un petit côté « adrénaline » ? « Certainement. »
Et en dehors des « sorties » ? « Les gens croient que quand il n'y a pas d'intervention, on ne fait rien. C'est faux, souligne le Lesnevien. On fait aussi de la prévention et de la prévision. On a des contacts permanents avec les entreprises. » À la caserne, il n'y a pas vraiment d'attente.
D'autant que le major, unique professionnel, y est souvent le seul pompier. À Carhaix, trente-six volontaires officient (1). Selon son grade (de sapeur à officier), un pompier est indemnisé de 0,63 € à 0,94 € l'heure d'astreinte à domicile - pendant laquelle il est joignable par bip - et de 6,94 € à 10,44 € l'heure d'intervention de jour.
Des conventions ont été signées avec trois employeurs pour faciliter la disponibilité des volontaires en interventions et en formation. Elles sont destinées en particulier à maîtriser le matériel, toujours mieux adapté. « En général, on arrive à gérer [le personnel] », résume le major, évoquant le recours possible - quoique peu fréquent - à des centres voisins.
Chez les pompiers, « l'esprit d'équipe » est un fil rouge. « On ne fait rien tout seul. Au minimum, on est en binôme. » Ce mode de fonctionnement permet aussi aux pompiers - « en contact permanent avec la détresse humaine » - de faire face aux coups durs.
Et quelques fois, il y a des remerciements. « Un petit garçon nous avait écrit que, sans nous, son père ne serait plus là. Il nous avait donné cinq francs de sa tirelire, sourit le major Glin. Cela mettait les larmes aux yeux. »
Mathieu HAUTEMULLE.
(1) Dont un quart de femmes. Ancienneté moyenne : six ans.

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