BREST. - 107 caisses de 30 kg, soit 3,2 tonnes de cocaïne ! Voilà la sulfureuse cargaison qui était entreposée à même le pont du Junior. Ce vieux cargo de 30 ans a été arraisonné, le 7 février, par la Marine nationale au large de l'Afrique. Escorté par le Rari, remorqueur de la Marine, il est arrivé, hier matin, dans le port militaire de Brest.
L'équipage - deux Grecs, le commandant et son second, six Sierra-Léonais et un Guinéen - a été aussitôt pris en charge par l'Office central pour la répression du trafic illicite de stupéfiants (OCTRIS) et par la police judiciaire. Ils sont actuellement entendus dans les locaux brestois de la PJ. La drogue, après les analyses réalisées par les enquêteurs, sera brûlée.
« Une belle affaire », souligne le directeur adjoint de l'Octris, Yannick Salabert. Depuis janvier, le Junior avait été signalé par les autorités grecques au tout nouveau Centre de renseignement sur le trafic de drogue par voie maritime, basé au Portugal. La France étant la seule à disposer d'une présence militaire en Afrique de l'Ouest, c'est elle qui a été chargée d'intercepter le Junior.
Pour échapper aux radars espagnols
Peu avant, le 29 janvier, un bateau de pêche libérien, le Blue Atlantic, avait aussi été arraisonné par le Tonnerre, bâtiment de la Marine nationale. Au total, en deux prises, 5,5 tonnes de cocaïne ont été saisies. Dans les deux cas, l'arraisonnement a eu lieu dans le golfe de Guinée. « Depuis trois ou quatre ans, l'Afrique de l'Ouest est devenue la terre de transit de la cocaïne », confirme le commissaire Salabert.
Les livraisons de cocaïne colombienne empruntaient auparavant une route maritime directe, depuis le Vénézuéla jusqu'à l'Espagne. Les Espagnols ont réagi. Ils ont couvert leurs côtes de radars. Alors, les trafiquants se sont adaptés. Ils ont infléchi leur parcours vers l'Afrique de l'Ouest et plus particulièrement le golfe de Guinée. Le même phénomène existe d'ailleurs en Afrique de l'Est, pour l'héroïne afghane.
Les cargos des trafiquants colombiens ou vénézuéliens accostent dans les ports du Togo, du Nigéria, de la Guinée-Bissau, du Ghana ou du Sénégal. « La drogue est reconditionnée et une partie est acheminée en Europe par des petits porteurs qui prennent l'avion. Une autre est réexpédiée par des bateaux de pêche jusqu'en Espagne ou au Portugal. »
La cocaïne emprunte aussi, à partir des ports africains, une voie terrestre pour aboutir sur les bords de la Méditerranée. Là, elle est transportée vers l'Europe à bord de « go-fast », vedettes surmotorisées. Ce trafic pourrait bien déstabiliser nombre de pays africains.
Yannick GUÉRIN.

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