C'est à l'Ile de Ré, où il préparait sa tournée, que nous avons rencontré le chanteur breton. Son deuxième album confirme le côté tendre et sensible de son inspiration, qui rappelle celle de son beau-père Renaud...
L'arrière-saison à l'île de Ré. Ciel bleu, soleil tendre. Après le pont, sur l'étroite langue de terre, la route mène à La Couarde, bourg prisé des jeunes l'été, déserté en septembre au profit des vélos de jeunes couples sans enfant et de retraités. A La Maline, l'unique salle de spectacles de l'île, ça s'agite. Depuis une semaine, Renan Luce et ses musiciens y fignolent leur spectacle.
Il est 13 h. Le Breton est à l'apéro. Tournée de pineau. Puis on se faufile à travers les venelles, jusqu'à la terrasse d'un petit restau. Il avoue qu'il se rêvait chanteur dès la maternelle. « Pas pour l'image, l'aura. Juste pour écrire de bonnes chansons. J'ai grandi avec l'amour de la belle mélodie et des beaux textes. » Entre des parents fans de chanson française.Il en a pris de la graine. Dès son premier disque, Repenti, il touche 750 000 personnes ! Aujourd'hui, à 29 ans, Renan Luce est célèbre.
Il pourrait même carrément passer du « clan des miros », titre de son nouvel album, au clan des « people ». Cet été, il a épousé Lolita, la fille unique de Renaud. « C'est son père qui est connu, modère-t-il. Ce qui m'arrive, je le vis assez simplement, tout en me rendant compte de la chance que j'ai. Concrètement, ma vie n'a pas changé. Et puis j'ai donné beaucoup de concerts. Cela aide à rester en dehors du tourbillon.»
S'il habite aujourd'hui à Paris, il a acheté, dans son coin, près de Morlaix, « une maison entourée d'arbres ». Et il se dit bien trop timide pour demander à son nouveau beau-père ce qu'il pense, par exemple, de ses chansons... « Parfois, un petit sourire de sa part suffit », lâche-t-il.
Le plus amusant, c'est que l'on remarque, dans ce disque, des points communs avec l'univers de Renaud. Même bonheur à évoquer l'enfance. Même tendresse vis-à-vis des gens. Même admiration pour les filles. Même timidité devant la vie. Même plaisir à mettre en scène des petits truands. Et parfois, même expression... Son « Et nous préférions vivre en bande » fait penser au « On est fait pour vivre en bande » du Manu de Renaud.
Devant ces évocations, Renan sourit : « Je crois que ces thèmes sont surtout des trucs de chanteurs à guitare... La nostalgie de l'enfance, c'est fort. La timidité, c'est l'un de mes traits de caractère, mais c'est surtout ce que j'aime chez les gens. Les garçons qui font les fanfarons devant les filles, c'est un thème classique, mais tellement vrai dans la vraie vie... »
Une gorgée de café, une bouffée de cigarette et Renan Luce poursuit : « Et si j'aime raconter des histoires de gangsters, c'est aussi parce que c'est un sujet qui fonctionne bien en chanson. On développe un scénario qui parait classique et, tout à coup, ça bascule. Ça j'adore. » Comme dans Nantes, où le conducteur s'arrête pour une auto-stoppeuse... « C'est parti d'une mélodie qui avait le côté lancinant d'un road movie. Je me suis mis dans une voiture, avec une fille. On croit qu'elle va finir dans mes bras... » Eh non !
Renan Luce aime que ses chansons soient des histoires. Cela ne vaut pas dire qu'elles s'imposent immédiatement : « C'est toujours le ton qui est difficile à trouver, la manière de s'exprimer, drôle ou mélancolique. L'esthétique des mots guide mon écriture. La richesse des rimes m'emmène vers l'histoire. »
Richesse des rimes
Le clan des miros, l'une des plus belles réussites de l'album, a traîné pas mal de temps dans ses cahiers. « Cela partait d'une admiration pour les gens qui ont des métiers dit simples, avec un rapport sidérant à la nature. Et dont on ne voit pas les qualités. Comme les pêcheurs. »
Le clan des miros, chanson tendre, pour ouvrir le disque. Femme à lunettes, chanson d'amour, pour le terminer. Et un album qui s'apprivoise bien, entre la mélancolie de Nantes et le côté drôle de Grand-père.
Malgré le succès, Renan Luce n'a pas joué les flambeurs. Il a juste rajouté des couleurs à son folk, avec un orchestre à cordes, plutôt sobre d'ailleurs. « Je me suis vu comme un artisan qui fabrique une belle commode. » Renan Luce a vendu de manière industrielle mais il est resté un artisan de la chanson.